Mon conseil avant de mourir ?
Je vous conseillerais si cela pouvait servir à quelque chose de vous efforcer de redonner un peu de sang à la littérature polonaise.
La littérature est extrêmement facile : c’est pourquoi elle est extrêmement difficile. Un récit, un poème, un roman rien de plus simple, n’importe quelle ménagère en est capable. Mais de là à pénétrer sur ce terrain où la parole devient incisive …
Pour y parvenir, voici ce que je vous propose : aucune docilité, aucune modestie. Cessez d’être des petits enfants sages. Soyez présomptueux, arrogants et désagréables. Une bonne dose d’anarchie et d’irrespect absolu vous serait utile. Soyez également délicats, narcissiques, hypersensibles, égocentriques et égoïstes. Et puis attrapez aussi quelques maladies chroniques. En outre soyez fantaisistes, irresponsables, ne craignez pas la bêtise et la bouffonnerie. Sachez que la crasse, la maladie, le péché, l’anarchie sont vos aliments.
Et si mon conseil vous paraît par trop paradoxal ou peut-être malsain, consultez n’importe quelle biographie d’artiste. L’art n’est pas l’œuvre de charmeurs polis sous tous les rapports, c’est l’affaire d’hommes dramatiques. On peut écrire des nouvelles et des poèmes d’une autre manière, mais …
Trad. par Ch. Jezewski et D. Autrand
Réponse à l’enquête du mensuel Zycie Akademickie
sur la jeunesse polonaise en exil (Londres), 1954, N°2/3 (47/48)
cité par le Théâtre de la Colline